Cri des Carmes

Cultiver ce putain de jardin

Je me réveille ce matin, à 17 heures
La veille, Arno est mort
C’est la Belgique et la poétique qui s’effondrent
Et dans quelques heures, c’est la France qui sombre

Je n’irai pas me faire exploiter, aujourd’hui
J’emmerde ce connard de patron que je nourris
Et remercie une dernière fois cette fille, encore enroulée dans mes draps
Avec qui je me suis sauvé cette nuit, pour me sauver, moi

Alors, je bois la tiédeur fiévreuse et houblonnée de la défaite
Me remets sur les rails de l’ammoniac et me répète
« Que le climat est froid ce soir » et que la planète
Brûle sous nos yeux encore embués de la fête

Au revoir, mes amis, au revoir, mes camarades
Rendez-vous, mes frères et sœurs, sur les barricades
Ce jour est arrivé pour moi, je crois, de rendre les larmes
Qui coulent sur les joues de la Marianne de mon âme

Arrive un jour où, au pied du mur, l’espoir s’envole
Où notre dernier cri n’est plus qu’un soupir frivole
Un doux râle qui s’échappe comme le cri de la banderole
Pour rejoindre les cieux des idéaux ou le paradis de la picole

Je voulais qu’on s’embrasse et qu’on s’enlace encore
Mais le pays que je laisse derrière-moi nous embrase, et on s’en lasse
Au fond, tu vois, je n’ai plus le cœur poétique
À attendre le battement de cil de l’organe politique


Triste pays et pauvre monde
Ce sont mes yeux qui saignent et mon cœur qui pleure
Triste pays et pauvre monde
Peut-être n’y-a-t-il d’avenir que par-delà la tombe

VP

Laisser un commentaire