Cri des Carmes

Cultiver ce putain de jardin

Il avait l'air d'un mec pas cool
Sourcils froncés, visage fermé
À zéro était sa boule
Et ses poings étaient serrés

Il affichait un bien mauvais jour
Assis derrière son grand bureau
Du genre cadre du KGB
Qu'il faut éviter de se mettre à dos

Et moi, je me tenais là
Les bras dans le dos et sans mentir
Comme autrefois dans d'autres bureaux
Mes parents pourront vous le dire

Notion du temps m'avait lâché
Et mes attributs aussi
Si dieu existe, montre-toi
Je deviens doxo et plus athée

Mais alors que je m'apprêtais
À me faire passer dessus par un Russkoff
Drôle de rencard avec Sergueï
Ou peut-être bien Gargarov

Ma vertu est demeurée intacte
Je suis même resté vêtu
Je n’ai pas pris un coup de latte
Et mon cul non plus

Il me posa une feuille et un stylo
Du genre papier à lettres
Et par-dessus son épaule, par la fenêtre
J'ai vu tomber les oiseaux

C’est un tourbillon de plumes
Argentées et enneigées
Aux lettres d'or minuscules
Et à la patte et aux griffes dorées

Des serres d'argent par centaines
Tournoient dans les airs, ici et là
Et par milliers, des flocons de laine
Perçant le ciel de l’au-delà

C’est un vague à l'âme léger
Semblable à un havre de paix secret
Dont on perce le silence
Comme un souffle saccadé

C’est un soupçon à la grâce nacrée
Un nuage de pluie fine et bleutée
Sur le passage de l'encre
Amarrée sur le papier

C’est un vague à l'âme léger
Semblable à un havre de paix secret
Dont on perce le silence
Comme un souffle saccadé

VP

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