Cri des Carmes

Cultiver ce putain de jardin

Je suis au regret de vous annoncer que ma date de concert prévue le 19/04/2025 au Makeda, à Marseille (13), en première partie de Didier Super, est annulée.

Ayant pris contact avec l’organisateur de la date et producteur de Didier Super, Jérôme Delépine, celui-ci me rapporte une conversation qu’il a eu avec la salle et qui étaye ce que je sais déjà du lieu.

Aussi, doit-il rappeler à ladite salle que, depuis trois ans déjà (Espace Julien, Marseille (13), 03/02/2022), j’assure régulièrement les premières parties de Didier Super, et que de notre relation est même née une collaboration musicale sous forme d’un single (« Monsieur le Président », 2024, Des Carmes Records).

Réponse de la salle : « Vous louez le lieu jusqu’à 23h, après quoi la salle de concert se transformera en discothèque. Il est donc impossible de faire jouer une première partie sur cette date. »

Cela soulève alors une question, il me semble. À l’heure où la musique, l’art et le milieu de la culture, au sens large, sont menacé.e.s par l’appât du gain et la quête du profit, que reste-t-il de la poésie, des rires, des pleurs enfouis, de l’éclat de nos sourires ?

Si l’on préfère accueillir, une fois encore, un.e DJ à la con, puis virer un public à 23h pour le remplacer par un autre, au risque d’annuler une première partie (locale, qui plus est), il y a peine à espérer, je crois, au retour d’un rock’n’roll fleuri et la promesse de son énergie contre les barrières ou sur les barricades. On a sacrifié la culture sur l’autel du bénéfice. Et, comme tant d’autres salles, Le Makeda emboîte le pas à celleux-ci et celleux-là qui tuent la musique dans la chanson.

Dès lors, je conchie cette salle, j’exècre Le Makeda et tous ses consorts qui ne font qu’appauvrir le monde de la culture, déjà fébrile parce qu’ébranlé en premier lieu par les politiques et les puissant.e.s de ce même monde. En outre, on notera l’occurrence suivante, faisant foi de maxime ou de slogan, sur le site internet de la salle : « LE MAKEDA, la salle des gens sympas, joyeux et bienveillants, ouverte à tou.te.s et pour tou.te.s ». Ouverte, oui. Et surtout à l’argent.

Je n’aurais eu mot à dire à ce sujet s’il ne se fut agi d’une généralité à laquelle le milieu de la culture est confronté, quotidiennement. Ce communiqué ne désire aucunement se faire l’objet d’une simple plainte personnelle. Des premières parties de Didier Super, j’en ai déjà faites et en ferai encore. Plus loin, il tente d’alerter de la rapacité de connard.asse.s qui investissent et empestent les milieux de l’art et de la culture. « Au poteau les pourris, les corrompus aussi, dents blanches et carnassiers… », entendions-nous chanter.

La culture est la lutte de la raison contre l’ignorance. C’est en combattant les suppôts de l’ar(t)gent que nous vaincrons de la vérité de la culture. À prendre nos vessies pour des lanternes, on ne peut espérer que celles-ci leur éclatent à la gueule.

Je tiens cependant à exprimer mes remerciements à Didier Super et à Jérôme Delépine pour leur sollicitude et souhaite à toustes un très bon concert.

Victor PENIN

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